Bahareque:des maisons qui respirent!

Lors de mon dernier passage à Barichara, j’ai eu la chance de découvrir et surtout de mieux comprendre une technique de construction ancestrale typique de la région : le bahareque.

Cette méthode traditionnelle, largement utilisée en Colombie andine, repose sur une structure en bois ou en bambou, tressée puis recouverte d’un mélange de terre, d’argile, de sable et parfois de fibres végétales. Le résultat: des murs solides, souples et étonnamment adaptés au climat.

Pourquoi certains murs sont bombés?

En me promenant dans les rues pavées de Barichara, un détail m’a frappé: plusieurs façades présentent une légère courbe, comme si les murs avaient un “ventre”. Ce n’est ni un défaut ni une faiblesse structurelle bien au contraire.

Avec le temps, les matériaux naturels travaillent. La terre réagit à l’humidité et aux variations de température. Plutôt que de fissurer brutalement comme le ferait le béton, le mur en bahareque absorbe les mouvements, se dilate et se contracte doucement. Cette souplesse peut créer ce bombement caractéristique, affectueusement surnommé "une bédaine" par les habitants.

Des maisons qui “respirent”

On dit souvent que ces maisons “respirent”. Ce n’est pas qu’une image poétique.

Les matériaux naturels sont perméables à la vapeur d’eau. Ils régulent l’humidité intérieure en l’absorbant puis en la relâchant progressivement. Cela crée un climat intérieur plus stable, plus frais le jour et plus tempéré la nuit un avantage considérable sous le soleil colombien.

Contrairement aux constructions modernes hermétiques, le bahareque permet une circulation naturelle de l’air et de l’humidité, contribuant à la durabilité de la structure et au confort des habitants.

Une maquette pour comprendre le geste

J’ai également eu l’occasion de mettre la main à la terre à la Tierra Casa Taller, un atelier local dédié aux techniques de construction naturelle. J’y ai réalisé à la main une maquette miniature afin de mieux comprendre les différentes étapes et les subtilités du bahareque.

Inspiré par les maisons du village, j’ai intégré à ma création un petit trou d’aération au-dessus de la porte(élément discret mais essentiel à la ventilation)ainsi qu’une petite marche, semblable à celles que l’on retrouve ici et là à travers les rues de Barichara et finalement un mur avec sa "bédaine". Ces détails, en apparence simples, participent pleinement à l’identité architecturale du lieu.

Une leçon d’architecture durable

À Barichara, le bahareque n’est pas seulement une technique: c’est un héritage culturel. Ces maisons racontent une manière d’habiter le territoire en harmonie avec l’environnement, en utilisant des matériaux locaux, renouvelables et à faible impact.

   

Revenir à ces savoir-faire traditionnels, c’est peut-être redécouvrir une forme d’intelligence architecturale que nous avons parfois oubliée.

Et la prochaine fois que vous verrez un mur avec un petit ventre… vous saurez qu’il respire.